Lutte contre la consommation de crack (plan crack) en Ile-de-France

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L'Agence est mobilisée dans la lutte contre la consommation de crack en Ile-de-France (Paris). Elle poursuit des actions sur le volet sanitaire et médico-social auprès de ses partenaires engagés dans le plan crack. Retrouvez l'ensemble des actions menées et les indicateurs de suivi du plan crack (volet sanitaire).

Les enjeux de santé sur la consommation du crack 

La problématique du crack à Paris et plus particulièrement dans le nord-est parisien (10ème, 18ème, 19ème arrondissements) est apparue dans les années 1990 mais connaît aujourd’hui une plus grande acuité liée à différents facteurs, notamment une plus grande disponibilité et accessibilité de la cocaïne, une diversification des profils des consommateurs, une visibilité accrue dans les espaces publics avec des scènes ouvertes de consommation.

Le crack (aussi appelé « cocaïne basée » ou « free base ») est un dérivé très addictif de la cocaïne qui est le plus souvent consommé inhalé avec des effets stimulants puissants et rapides.

La consommation de crack peut conduire à une addiction avec des complications psychiatriques (troubles cognitifs, dépression…), somatiques (complications respiratoires, infectieuses, cardio-vasculaires, neurologiques …) et sociales. 

L’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT) et l’Inserm ont recensé en 2019 quelques centaines sont présents en permanence dans l’espace public parisien, le plus souvent poly-consommateurs en grande précarité. 

La stratégie régionale en matière de lutte contre l’addiction au crack

Le projet régional de santé 2018-2022 de l’ARS Ile-de-France traite des conduites addictives dans leur globalité : qu’il s’agisse de produits licites, illicites ou d’addictions sans substance, qu’il s’agisse de prévention, de réduction des risques et des dommages, de soins.

Face aux problématiques spécifiques que pose l’addiction au crack dans le Nord-Est de Paris en matière sociale, de sécurité et de santé publique, l’Agence est engagée aux côtés de la préfecture d’Ile-de-France et de Paris, de la préfecture de police, du parquet de Paris, de la Ville de Paris, et de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA) pour mener une politique coordonnée et mutualisée au travers de la mise en œuvre d’un protocole « lutte contre le crack en Ile-de-France » mieux connu sous le nom de “Plan crack”. Ce protocole a été co-signé le 27 mai 2019 par tous les partenaires réunis en comité interinstitutionnel sous la présidence du préfet de région. Ce comité se tient régulièrement pour suivre la mise en œuvre du protocole et décider du renforcement de certaines mesures ou du déploiement de nouvelles mesures.

L’Agence est compétente pour organiser la prise en charge à la fois sanitaire et médico-sociale des consommateurs. Pour ce faire, elle pilote, autorise et finance des actions médico-sociales d’« aller-vers », de réduction des risques et des dommages, d’accompagnement des mises à l’abri en sortie de rue, ainsi qu’une offre de prise en charge adaptée. Pour la mise en œuvre concrète de ces actions et des dispositifs, l’Agence s’appuie sur les services hospitaliers d’addictologie et de psychiatrie ainsi que sur des gestionnaires associatifs médico-sociaux spécialistes des questions d’exclusion et d’addiction. Ces opérateurs sont sélectionnés par l’Agence sur des critères objectifs et transparents. Leur action est pilotée par l’ARS sur la base d’indicateurs et de diagnostics réguliers sur l’évolution de la situation, ainsi que lors du dialogue de gestion annuel.

L’ensemble des actions pilotées par l’Agence fait l’objet de coopérations étroites avec les autres services de l’Etat, et en tout premier lieu avec la Préfecture de Région qui organise l’hébergement et l’accès au logement des personnes concernées. De la même manière, la coopération est étroite avec les collectivités territoriales, tout particulièrement avec la Ville de Paris qui participe à la conception, au pilotage et au financement des diverses actions du protocole, ainsi qu’à la définition des localisations dans le tissu urbain.

L’objectif partagé de tous les partenaires est d’améliorer l’état de santé des poly-consommateurs de drogues en errance et de réduire la morbidité, la mortalité, l’exclusion sociale, et les troubles à l’ordre public.

Le plan crack (2019-2021) : axes sanitaires et médico-sociaux

Contractualisé en 2019 entre la Préfecture d’Ile de France, la Préfecture de Police, l’ARS, la Ville de Paris et la MILDECA, le Plan crack 2019-2021 a été établi en cohérence avec le Plan national de mobilisation contre les addictions 2018-2021 ainsi qu’avec la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté

Il est structuré autour de 4 axes principaux regroupant 33 actions concrètes :

  • accompagner les usagers pour réduire les risques et favoriser les parcours de soin,
  • renforcer les capacités d’hébergement et d’espaces de repos,
  • intervenir dans l’espace public à destination tant des usagers que des habitants,
  • améliorer la connaissance des publics concernés.

L’ARS d’Île-de-France est plus particulièrement chargée de couvrir les mesures en lien avec le champ sanitaire et médico-social du plan. Elle investit tout particulièrement les actions suivantes :

  • le renforcement des maraudes médico-sociales de réduction des risques ;
  • l’extension des maraudes à de nouvelles lignes et stations de métro
  • L’objectif de cette extension, menée en coopération avec la RATP, est de rediriger les consommateurs de crack vers les dispositifs médico-sociaux de surface ;

  • l’appui aux maraudes par des équipes hospitalières d’addictologie et de psychiatrie notamment sur les situations complexes ;
  • l’accompagnement et la prise en charge médico-sociale des usagers de drogues en errance.
    L’Agence a mis en place avec un Bus de premier Accueil Santé Social, porté par l’association AURORE en lien avec l’ensemble des intervenants du nord-est parisien (Associations Gaïa, Oppelia-Charonne, Groupe SOS Solidarités, Proses, CAARUD Boréal du GHU PPN) au square de la Porte de la Villette près de la scène ouverte de consommation ;
  • le renforcement du suivi des injonctions thérapeutiques par des psychologues ;
  • l’ouverture d’espaces de repos dédiés :
    Deux espaces ont été ouverts en 2019: l’espace de repos La Chapelle, l’espace de repos du CSAPA Sleep In ;
  • le renforcement des places de mise à l’abri à l’hôtel en sortie de rue avec accompagnement médicosocial (dispositif accompagnement social et aux soins pour une orientation ensemble - ASSORE) ;
    Le dispositif « ASSORE » a pour mission d’accompagner vers un accès aux soins et aux droits, les consommateurs de drogues en errance du nord-est parisien hébergés à l’hôtel en sortie de rue. Il est géré par l’association AURORE. Le financement des places hôtelières est assuré par la DRIHL, tandis que l’accompagnement médico-social implique l’ARS, la MILDECA et la Ville de Paris.
  • l’ouverture de places en Unités d’hébergement spécialisées (UHS).
    Cette modalité de prise en charge nouvellement créée sur le modèle du dispositif existant PHASE, vise à adosser à la mise à l’abri, un accompagnement social, médical et psychologique renforcé des consommateurs ;
  • la mise en place d’une offre de soin et d’hébergement médicalisé (lits d’accueil médicalisé et lits halte soins santé LAM/LHSS) orienté sur les addictions.
    Un appel à projet a été lancé le 27 janvier 2022.
  • la contribution au financement de l’étude INSERM/OFDT sur la situation liée au crack à Paris afin d’adapter les réponses publiques sur la base de connaissances actualisées. Un premier volet coordonné par le Cermes3 (intitulé « Usagers, trajectoires et besoins ») s’est intéressé spécifiquement aux usagers, à leurs parcours, à leurs profils ainsi qu’aux besoins exprimés. Le second volet, coordonné par l'OFDT, s'est centré sur l’organisation du marché du crack et la caractérisation des produits vendus aux usagers, et leurs liens avec les pratiques d’achat et de consommation.

Les programmes et dispositifs portés par l’Agence pour réduire l’impact sanitaire de la consommation du crack en Ile-de-France

La mise en œuvre de la politique de l’Agence en matière de réduction des risques et de soins envers les usagers de drogues dont de crack, s’appuie principalement sur :

  • des structures médico-sociales autorisées et financées par l’ARS, destinées à amorcer un parcours pour les consommateurs :
    • les CAARUD : interventions en maraudes ou accueil inconditionnel sur site fixe, conseils et matériel de réduction des risques, orientations pour l’accès aux droits et aux soins,
    • Les CSAPA : centres de soins et de prévention en addictologie, pouvant initier et délivrer un traitement adapté.
  • l’offre hospitalière en addictologie :
    • les ELSA (équipe de liaison et de soins en addictologie)
    • les consultations, hôpitaux de jour, services d’hospitalisation (sevrage, post-cure)
  • une nouvelle offre médico-sociale : LHSS (lits halte soins santé) et LAM (lits d’accueil médicalisés) qui sont des dispositifs d’hébergement médicalisé dédiés aux personnes en situation d’exclusion sociale 

Les espaces de repos, la mise à l’abri accompagnée, les unités d’hébergement spécialisés, impliquent également l’Agence en association avec la MILDECA, la PRIF/DRIHL, la Ville de Paris.

Les indicateurs de suivi régional du plan crack (volet sanitaire et médico-social)