« Notre ARS a pris le virage de l’approche partenariale »

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Cinq ans après la pandémie, la relation entre les ARS et les élus locaux a changé de nature. Denis Robin, DG de l'ARS IDF, et Véronique Garnier, référente de la Commission santé et solidarités à l'Association des maires d'IDF (AMIF) en dressent un bilan lucide : des liens renforcés, une territorialisation inédite - mais des attentes qui restent fortes sur l'accès au soins et la santé-environnement

Quel a été l'impact de la crise sanitaire liée à la Covid-19 sur la relation entre les élus et l'ARS ?

Denis Robin : Les relations entre les ARS et les élus locaux n'ont jamais été simples. Quand les ARS ont vu le jour, le sentiment que le système de santé se dégradait montait déjà : accès aux soins moins facile, urgences sous tension, difficultés hospitalières. Les élus ne pouvaient pas s'en désintéresser et ils avaient le sentiment d'être dépossédés des éléments de réponse. La pandémie a intensifié la relation dans les deux sens : elle a permis à tous les acteurs de mieux se connaître et de mieux se comprendre, c'est très positif. Mais elle a aussi accéléré la dégradation de l'offre de soins, avec des départs de l'hôpital public et une demande de meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle des professionnels de santé. La pression de la population sur les élus a augmenté en conséquence, qui justifie le besoin d’une ARS plus proche d’eux. 

Véronique Garnier : Cette crise a été un moment charnière, avec une montée en puissance des sujets santé dans les politiques locales. La pandémie a permis de démontrer la capacité de mobilisation des collectivités territoriales, en particulier des communes qui ont joué un rôle de premier plan pour informer et rassurer la population et pour certaines d’entre elles avec la mise en place de centres de dépistage et de vaccination, en lien avec les services de l‘État. Si le début a parfois fait l’objet de critiques, ce qu’il en reste est le sentiment partagé par plusieurs maires que les services de l’ARS et ceux des collectivités locales se sont rapprochés, avec des relations plus équilibrées. D'ailleurs, quand les relations sont revenues à un niveau moins soutenu, certains élus ont regretté les échanges réguliers avec l'ARS.

Quelles sont concrètement les attentes des élus envers l'ARS ?

Véronique Garnier : La diversité des profils et des territoires ne permet pas une réponse unique, d'autant que l'organisation de la santé en France est très complexe. Nous sommes dans une période particulière, période post-électorale, avec beaucoup de nouveaux élus et la campagne électorale a été marquée par des questions récurrentes sur l'accès aux soins. Les maires se retrouvent face à une réalité qui ne relève pas de leur compétence directe mais sur laquelle ils sont interpellés en permanence. Ils ont besoin d'interlocuteurs dédiés, de proximité capables de les appuyer stratégiquement et opérationnellement dans leurs initiatives.

Comment rendre plus lisibles pour les élus les politiques de santé pilotées par l'ARS ?

Denis Robin : La transformation du conseil de surveillance en conseil d'administration - où les représentants des collectivités occupent aujourd'hui près de la moitié des sièges - est un changement majeur. Cela oblige l'ARS à communiquer sur des sujets de fond et à prendre en compte le regard des élus dans ses délibérations. Nous avons aussi repensé nos interactions avec les Conseils territoriaux de santé. Au lieu d'échanger uniquement sur les grandes thématiques classiques - vieillissement de la population, premier recours, crise de l'hôpital public -, nous évoquons désormais des projets très concrets pour lesquels nous sollicitons leur avis. Cette montée en puissance de la concertation traduit un changement de posture plus profond : progressivement, l'ARS quitte un mode de relation descendant pour adopter une approche partenariale.

La territorialisation, c'est quoi concrètement pour l'ARS Île-de-France ?

Denis Robin : C'est la condition sine qua non de l'approche partenariale. Elle s'est traduite par deux évolutions majeures. D'abord, la reconnaissance du directeur départemental comme interlocuteur unique sur l'ensemble des compétences de l'agence. Ensuite, la territorialisation financière : avant, les 900 millions du fonds d'intervention régional étaient entièrement pilotés au niveau régional. Aujourd'hui, 10 % - soit 90 millions - sont répartis entre les départements à la main des directeurs départementaux, dont un million d'euros totalement fongibles par département pour financer des actions locales identifiées avec le CTS, sans intervention du niveau régional. C'est agile et très efficace dans le dialogue avec les élus : le directeur départemental a les moyens de répondre à leur projet. Des projets concrets en sont nés : prise en charge du syndrome de Diogène, actions en santé mentale, nouvelles équipes mobiles, déploiement des actions d’aller-vers… En 2026, le financement des contrats locaux de santé a également été transféré aux directeurs départementaux.

La santé-environnement s'impose comme un enjeu essentiel pour les Franciliens. Les élus sont-ils prêts ?

Véronique Garnier : Les collectivités locales sont majoritairement engagées dans la transition écologique et dans la lutte contre le réchauffement climatique depuis des années, de manière transpartisane, et elles ne reviendront pas en arrière. Mais il est indispensable d’intégrer la santé-environnement dans cette démarche, sans cela les meilleures décisions pour la population ne peuvent être prises. Les Villes ont la capacité d’agir directement sur le cadre de vie et l’environnement via leurs diverses compétences, qu’il s’agisse de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire, des politiques de mobilité, de la protection de la biodiversité, de l’alimentation durable, de la réduction des nuisances, et ce afin de créer un environnement favorable à la santé. Mais ce sont des sujets qui mobilisent de nombreuses expertises que les communes ne peuvent pas toutes aligner :   analyse des données, ingénierie, identification des solutions les plus adaptées, évaluation des impacts, recherche de subventions...Ils exigent aussi de la transversalité, ce qui n'est habituellement pas dans la culture des collectivités locales, qui fonctionnent plutôt en silo. À tout cela s'ajoutent un manque de moyens humains notamment dans les petites communes et de financements qui sont par ailleurs tributaires des différents arbitrages et restriction budgétaire à la main de l’État.

Denis Robin : Trois difficultés objectives pèsent sur ces politiques. La temporalité d'abord : les effets tardent à être visibles, et dans les arbitrages, l'urgence opérationnelle l'emporte presque toujours. Le territoire pertinent ensuite : une action de revégétalisation, par exemple, n'a de sens qu'à l'échelle intercommunale ou au-delà. La multiplicité des acteurs enfin : il n'y a pas un seul service public en charge de la santé-environnement, et la question de savoir qui est responsable de quoi reste toujours complexe. Il faudrait aussi inverser notre logique habituelle des appels à projets descendants et inviter les territoires qui ont des projets à venir nous en parler pour voir comment nous pouvons les accompagner.

L'accès aux soins est une priorité pour les élus franciliens. Pourtant, l'Île-de-France semble mieux équipée que d'autres régions. Comment gérer les attentes ?

Denis Robin : Il faut rectifier le diagnostic. L'Île-de-France paraît très privilégiée comparée aux autres régions, mais les inégalités internes sont sans doute encore plus fortes qu'ailleurs avec des territoires très dotés – Paris, les Hauts-de-Seine, une partie du Val-de-Marne – et des territoires très sous-dotés. À cela s'ajoute le fait que l'immense majorité de nos spécialistes exercent en secteur 2, ce qui les rend quasi inaccessibles pour une grande partie de la population. Notre levier principal reste l'attractivité financière, mais les aides à l'installation sont trop dispersées et je plaide d’ailleurs pour un ciblage renforcé. Et surtout, il faut envoyer très tôt les jeunes internes sur les territoires. La quatrième année d'internat – les docteurs juniors – ouvre une belle fenêtre d’opportunité. J'encourage les maires qui n’ont plus beaucoup de médecins sur leur commune à aller à la rencontre de ceux qui restent pour les convaincre de devenir maître de stage : le maire qui fait cette démarche a infiniment plus de poids qu'une circulaire de l'ARS.

Véronique Garnier : Une enquête AMIF d'octobre 2025 révèle que 91 % des maires franciliens estiment que l'accès aux soins continue à se dégrader. De fait, avec environ 3 millions de Franciliens sans médecin traitant, la tension est réelle. Les communes agissent de plusieurs façons en fonction des moyens dont elles disposent : locaux à loyer réduit, aides à l'installation et à l'équipement, logements pour les docteurs juniors… tout ce qui peut rendre attractif leur territoire, tout en veillant à ne pas susciter de la concurrence. L’AMIF dans son livre blanc santé avait émis plusieurs recommandations pour améliorer l’accès aux soins…Là encore, les élus ont plus que jamais besoin de l'appui de leur délégation départementale de l'ARS, aux côtés des autres partenaires territoriaux.

 

Elus : des fiches pour faciliter vos démarches

L'Agence régionale de santé Île-de-France a conçu, avec le soutien de la commission santé de l’Association des Maires d'Île-de-France (AMIF) une série de fiches pratiques à destination des élus sur l'accès aux soins, la santé publique ou le médico-social.

Ce guide rassemble l’ensemble des informations utiles pour accompagner les élus locaux dans leurs missions liées à la santé. Organisé en quatre grands thèmes, il offre des repères concrets pour agir sur l’accès aux soins, la santé publique, l’accompagnement des personnes en situation de handicap ou âgées, ainsi que sur les principales démarches administratives en matière de santé. 

Chaque fiche apporte des réponses pratiques, des outils et des points de vigilance pour faciliter la prise de décision au niveau local.

 

 

Aller plus loin

Retrouvez l'ARS Île-de-France au Salon des maires d'Île-de-France

Pour la troisième année consécutive, l’ARS Île-de-France vient à la rencontre des élus franciliens afin d’échanger sur les grands enjeux de santé dans les territoires. Accès aux soins, santé-environnement, autonomie, les équipes seront présentes sur le stand de l'ARS pour répondre à vos questions!

Salon de l'Association des maires d'Île-de-France (AMIF), les 2 et 3 juin 2026 Porte de Versailles, Hall 6.