Les coopératives d’acteurs

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L’Île-de-France, région riche, est marquée par des inégalités sociales et territoriales de santé (ISTS) importantes. La réduction des ISTS est un impératif de justice sociale, qui impose de mettre en place des interventions en promotion de la santé.
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Ces interventions visent à agir sur un ensemble de déterminants favorables, à la santé prenant en compte notamment, l’environnement socio-économique, éducatif, familial, culturel, sanitaire, politique… au niveau territorial, le plus proche de l’habitant, dans son environnement de vie.

C’est à ce titre  qu’en 2017 la démarche  «coopératives d’acteurs en promotion de la santé» a été initiée par l’Agence afin de promouvoir des interventions à partir d’alliances d’acteurs pour lutter contre les  ISTS. 

Une CA est définie comme :

  • une intervention en promotion de la santé aux besoins identifiés, sur des thématiques peu ou pas couvertes ou des publics en situation de vulnérabilité sociale ;
  • une prise en charge globale de la personne incluant l’accès aux droits, aux soins (notion de parcours de santé) ;
  • une co-construction avec un nombre d’acteurs complémentaires incluant les habitants,
  • une structuration du maillage dans un territoire en intercommunalité ;
  • une animation et une coordination par la délégation départementale de l’ARS en collaboration avec d’autres partenaires, avec comme enjeu important, celui de positionner l’Agence en tant qu’acteur de santé publique.

A la fin 2019, dix coopératives d’acteurs sont opérationnelles. Elles émargent sur 16 communes (Paris, Mantes-la-Jolie, Trappes, Evry-Courcouronnes, Saint-Denis, Clichy-sous-Bois,  Champigny-sur-Marne, Villiers-le-Bel, Garges-lès-Gonesse,…) représentant plus d’un million d’habitants. Les publics ciblés par les actions sont majoritairement  des personnes en situation d’errance, invisibles ou laissées pour compte, les jeunes ou des habitants de quartiers  prioritaires de la politique de la ville sur des thématiques comme l’habitat insalubre ou la nutrition.

Dans le cadre des politiques publiques de santé, l’implication des habitants pour exprimer leurs besoins de santé et participer activement à la globalité du cycle de vie d’une intervention est un impératif (Charte d’Ottawa en promotion de la santé, 1986).

L’action de proximité en promotion de la santé, au plus près des lieux de vie des personnes concernées, par la mise en place d’alliances et de partenariats intersectoriels et en impliquant les habitants, que sont les Coopératives d’acteurs (CA), est un levier pour contribuer à la réduction des inégalités sociales et territoriales de santé.

C’est aussi un axe fort du Projet Régional de Santé (2018-2022) et du Programme Régional d’Accès à la Prévention et aux Soins (PRAPS) : « Permettre à chaque francilien d’être acteur de sa santé  et des politiques de santé ».

L’implication volontaire et active des personnes aux différentes phases d’un projet de santé est souvent difficile à mettre en œuvre. C’est un constat que l’on retrouve au sein des Coopératives d’acteurs. Plusieurs difficultés ont été soulevées. Elles peuvent s’expliquer face à un public qui sont des personnes en errance, des publics en difficultés psychosociales, voire des enfants et leurs parents, où le besoin de survie est plus prégnant que celui de se mettre au service d’une action de santé.  D’où la nécessité de prendre en compte ces difficultés pour les travailler ensemble.

La participation  des habitants aux projets  d’une coopérative d’acteurs questionne le niveau de participation. Une grille québécoise permet d’en distinguer quatre niveaux (grille utilisée par Jean-Michel Fourniau) :

Communication : permet d’énoncer et d’expliquer ; vise à faire adhérer aux choix ; peut se limiter à une simple information, ou susciter des réactions (information 1 rétro-information) ;

Consultation : permet de soumettre à discussion des propositions ; vise à obtenir des éléments avant d’effectuer un choix

Concertation : permet d’élaborer une solution en collaboration avec les acteurs concernés, vise la recherche de solutions communes ou de connaissances nouvelles.

Codécision : permet de partager la décision avec les intervenants ; implique la négociation pour rechercher un accord.

Pour répondre à ces difficultés, une première journée d’étude sur la participation des habitants au sein des coopératives d’acteurs a été organisée le 15 novembre 2019 pour favoriser le partage des pratiques afin de réfléchir collectivement entre acteurs/partenaires et habitants au sein des coopératives d’acteurs.
 

Les enjeux de cette journée étaient les suivants :

  • Identifier les modalités de participation des habitants ainsi que celles utilisées en pratique sur le terrain, au sein des CA
  • Proposer des perspectives opérationnelles aux acteurs dans les modalités d’implication des habitants.

Cette journée avait réuni plus de 100 personnes – principaux partenaires institutionnels, professionnels impliqués, acteurs de terrain et habitants - dans le cadre propice d’un bâtiment conçu en 1933, par Le Corbusier pour l’Armée du Salut ; Cité de Refuge, centre d’hébergement et de réinsertion sociale (13e arrondissement de Paris). 

Elle avait été organisée par la Direction de la santé publique (département méthodologie, innovation, participation des habitants), avec la collaboration de partenaires et d’acteurs sans lesquels cette journée n’aurait pu voir le jour (PromoSanté Île-de-France, l’Institut Théophraste Renaudot, La Fédé (Fédération d’Île-de-France-Médiation Sociale et culturelle), l’Institut de Promotion de la Santé de Saint-Quentin-en-Yvelines, le Pôle Ressources IDF en éducation thérapeutique du patient, l’Université Paris 13) ainsi qu’avec l’ensemble des délégations départementales et leurs partenaires, parties prenantes des coopératives d'acteurs  y compris les habitants.es.

Les perspectives qui en découlent sont les suivantes :

Les Coopératives d’acteurs (CA) sont invitées à :

  • inscrire les «habitants» dans une dynamique plus inclusive, dans leurs actions
  • interroger les conditions sociales et territoriales d’une inscription des habitants dans une dynamique plus inclusive
  • bénéficier d’un accompagnement dans les modalités d’intégrer les habitants, comme acteurs à part entière, en lien avec le département méthodologie, innovation, participation des habitants de l’ARS-IDF (formation, accompagnement à la carte, échanges de pratiques…). 

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