La gestion des risques épidémiques et biologiques (REB)

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Parce qu’ils se propagent rapidement et peuvent mobiliser fortement le système de santé, la prévention et la gestion des risques épidémiques et biologiques (REB) constituent un enjeu majeur.

Qu’il s’agisse d’un cas isolé, d’un foyer local ou d’une épidémie émergente, l’ARS Île-de-France coordonne l’ensemble des acteurs pour détecter au plus tôt les signaux, protéger la population et garantir une prise en charge sécurisée des patients comme des professionnels. Elle s’appuie sur un réseau régional structuré et des établissements de santé de référence qui jouent un rôle central pour apporter expertise, réactivité et soutien aux équipes de terrain.

Qu'est-ce que le risque épidémique et biologique (REB) ?

Le REB regroupe l’ensemble des événements provoqués par des agents infectieux (virus, bactéries, parasites, micro-organismes pathogènes) susceptibles d’affecter la prise en charge des patients à court terme et de perturber le fonctionnement du système de santé sur le moyen ou long terme. Ces événements peuvent aller d’un cas isolé importé à un foyer local, une épidémie régionale ou même une pandémie. 

Ils concernent l’apparition ou la propagation d’agents infectieux inconnus, graves ou très contagieux (causant des maladies comme la COVID-19, le Mpox ou encore les fièvres hémorragiques virales) ou utilisés de façon malveillante (dans un contexte de bioterrorisme). Dans ce risque, de nombreuses pathologies sont des maladies infectieuses transmissibles traitées dans le dispositif des maladies à déclaration obligatoires (MDO). La planification prévoit donc l’éventualité d’une épidémie de grande ampleur qui impacterait le système de santé, et des grandes manœuvres de santé publique qui y sont liées.

Les risques épidémiques et biologiques se distinguent par leur capacité à s’installer dans le temps et à se propager progressivement, parfois sur plusieurs mois. Ils peuvent fortement mobiliser le système de santé, car ils nécessitent de protéger en continu les patients comme les professionnels, et demandent une expertise spécifique lorsque l’agent infectieux est nouveau ou mal connu. Ces situations peuvent aussi générer de l’inquiétude dans la population, ce qui rend la communication et l’adaptation des comportements particulièrement importantes.

Comment s’y préparer et y faire face ?

Pour anticiper et gérer ces situations, l’ARS Île‑de‑France coordonne l’ensemble des acteurs de santé et met en œuvre des actions de préparation et de réponse :

  • Veille, surveillance et alerte rapide en cas de signal infectieux inhabituel ;

  • Organisation de filières dédiées pour assurer une prise en charge sécurisée des patients tout en protégeant les professionnels de santé ;

  • Mise en place de mesures de prévention et de santé publique pour empêcher ou limiter la propagation de l’agent pathogène biologique au sein de la population ;

  • Coordination de campagnes de dépistage et/ou de vaccination lorsque cela est nécessaire.

L’objectif est de garantir des soins adaptés aux personnes infectées et d’éviter la propagation de l’infection afin de protéger la population francilienne. Ces actions s’inscrivent dans le cadre national de préparation aux pandémies, décliné en Île-de-France via le plan ORSAN REB, partie intégrante du dispositif ORSAN régional. 

Le réseau REB en Île-de-France

En Île-de-France, le réseau REB s’appuie sur la mission de référence régionale pour les risques épidémiques et biologiques qui est portée par l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP). Les établissements de santé de référence régionaux (ESRR) sont l’Hôpital Bichat - Claude-Bernard, l’Hôpital de la Pitié Salpêtrière et l’Hôpital Necker Enfants malades, également reconnus comme établissements de santé de référence nationaux (ESRN).

Ces hôpitaux disposent d’unités spécialisées pour accueillir des patients atteints de maladies hautement contagieuses, avec des mesures strictes de biosécurité et des équipements de protection adaptés pour les soignants, ainsi que des laboratoires spécialisés. Ils apportent une expertise technique pour le diagnostic, la prise en charge des patients infectés et l’accompagnement des autres établissements de santé de la région.

Autour de ces centres experts, le réseau régional est structuré en trois niveaux (établissements de première, deuxième ou troisième ligne), selon les capacités de prise en charge de chaque établissement. Tous les médecins en milieu hospitalier ou en médecine de ville ont un rôle à jouer pour identifier tout cas de suspicion REB, mettre en place les premières mesures de protection et alerter le SAMU et l’ARS pour organiser une prise en charge adaptée.

Professionnels de santé : que faire en cas de suspicion REB ?

La mission nationale COREB a publié une procédure générique standardisée de prise en charge par les médecins de première ligne des patients suspects d'infections REB.

Patient suspect = Symptomatologie compatible + Exposition compatible (critères épidémiologiques d’exposition, délai d’incubation)

Pour mieux connaître les agents pathogènes biologiques relevant du REB et les procédures à mettre en œuvre, des fiches spécifiques sont disponibles sur le site de la mission nationale COREB.

> Si vous travaillez en médecine de ville : en cas de suspicion REB, contactez le 15. 

> Si vous travaillez en milieu hospitalier : une ligne d’astreinte régionale REB est joignable 7j/7 et 24h/24 pour vous aider dans le classement de cas.

 

Infectiologue dans le service des maladies infectieuses de l’hôpital Bichat - Claude Bernard (AP-HP) depuis 2021, Morgane Mailhe est référente médicale pour l’Etablissement de Santé de Références (ESR) pour les Risques Épidémiques et Biologiques (REB) en Île-de-France. Elle revient sur le fonctionnement et le rôle de l’ESR.

Le rôle d’un Etablissement de Santé de Référent REB repose sur trois missions complémentaires, d’après le Dr Mailhe :

  • La première est une mission d’expertise et de conseil : l’Etablissement de Santé de Référence accompagne l’Agence régionale de santé pour l’élaboration des dispositifs comme ORSAN, participe à définir des parcours de soins ainsi que des filières de prise en charge des patients. L’ESR apporte un appui aux professionnels de santé de la région. Une astreinte médicale est organisée 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, afin de répondre aux suspicions de cas et permettre en permanence la prise en charge des patients REB.
  • La deuxième mission concerne la formation. Les Etablissements de Santé de Référence s’appuient notamment sur  le Centre d’Enseignement de Soins d’Urgence (CESU) de l’AP-HP pour former des formateurs et référents des établissements de santé de la région aux Situations Sanitaires Exceptionnelles (SSE), en particulier aux situations relevant du REB. Cette montée en compétence est essentielle pour garantir une réponse homogène et sécurisée sur l’ensemble du territoire.
  • Enfin, l’animation du réseau constitue un troisième pilier du dispositif. Il s’agit de structurer et de fédérer un réseau régional de professionnels, libéraux comme hospitaliers, susceptibles de contribuer à la prise en charge des patients REB. « L’objectif est de pouvoir mobiliser rapidement des acteurs formés, quel que soit le lieu d’entrée du patient REB dans le système de santé », souligne le dr Mailhe.

En Île-de-France, les sollicitations concernent le plus souvent des suspicions de MERS-CoV. « Il s’agit généralement d’un patient présentant des symptômes respiratoires au retour d’un voyage en péninsule arabique par exemple », explique Morgane Mailhe. Le médecin qui est en première ligne échange alors avec le référent REB. L’objectif est d’analyser les symptômes ainsi que les facteurs d’exposition afin de déterminer si le patient est classé comme un cas suspect d’infection REB. Alors une prise en charge spécifique est proposée, incluant la déclaration à l’ARS, l’isolement du patient et la mise en place de mesures renforcées de protection des soignants. Il est ensuite décidé si le dépistage du patient se réalise sur place ou si le patient est orienté vers l’Etablissement de Santé de Référence pour suite de prise en charge, en lien avec des professionnels formés au transport. Comme le rappelle le Dr Mailhe, « seul le diagnostic microbiologique permet de confirmer ou d’infirmer le cas ».

En 2025, environ 150 appels ont été traités par l’équipe, conduisant à une cinquantaine de classements de cas, principalement pour des suspicions de MERS-CoV et de Mpox, ainsi qu’un cas de suspicion de fièvre hémorragique virale.

Pour Morgane Mailhe, l’existence d’un Etablissement de Santé de Référence au niveau régional est indispensable. « Le premier patient REB peut se présenter dans n’importe quel établissement, public ou privé, mais aussi en cabinet de ville (généraliste, etc). Cette réalité impose de sensibiliser largement l’ensemble des professionnels de santé aux mesures d’hygiène standard. Il faut absolument protéger les professionnels de santé en évitant tout risque de contamination. »

La mission REB est pluriprofessionnelle en mobilisant une large chaîne de professionnels : infectiologues, microbiologistes, équipes d’hygiène hospitalière, urgentistes, réanimateurs, équipes du SAMU et du SMUR, pédiatres et d’autres professionnels sont directement impliqués, aux côtés des équipes de direction hospitalière, dont le rôle est essentiel dans la coordination et la gestion des situations de crise.

En Île-de-France, l’AP-HP assure la mission d’Etablissement de Santé de Référence pour le REB. L’hôpital Bichat – Claude Bernard coordonne le dispositif régional, en appui avec l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière pour la prise en charge des adultes du sud de la Seine, et l’hôpital Necker pour la prise en charge des enfants.

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