La santé avance en Île-de-France

Point de situation cinq mois après l’incendie de Notre-Dame

Actualité
Santé publique
Date de publication
Visuel
Actualité - visuel générique
L’Agence régionale de santé Île-de-France présente un bilan de l’activité de prélèvements et de dépistage pour le mois d'août, dans le cadre d'un point mensuel publié chaque mois depuis l'incendie de Notre-Dame.
Corps de texte

L’incendie de Notre-Dame du 15 avril 2019 a induit une pollution au plomb dans l’environnement autour de la cathédrale. Cette pollution a conduit l’Agence régionale de santé, en lien avec les différents services de l’Etat, à déployer une stratégie de prélèvements environnementaux ainsi qu’une invitation au dépistage pour les populations à risque.

Chaque mois depuis l’incendie, l’ARS présente un bilan de l’activité de prélèvements et de dépistage.

Ce mois-ci, deux éléments spécifiques sont à prendre en compte :

  • l’Agence a été destinataire d’une première analyse consolidée par la Cellule d’intervention régionale de Santé Publique France qui tire de premiers enseignements sur les plombémies réalisées jusqu’au 31 août.
  • l’activité de dépistage connaît une accélération très forte depuis la rentrée, après une intensification déjà notable en août, ce qui conduit l’Agence à présenter un bilan complet et consolidé jusqu’à la fin août tout en donnant des indications sur le volume de plombémies et les cas de dépassement  des seuils depuis le 1er septembre, ces informations étant en effet transmises sans délais par les laboratoires qui procèdent aux analyses. 

Une augmentation importante des plombémies réalisées

Depuis l’incendie, l’ARS a mis en place, en mobilisant Sante Publique France et le Centre anti poison et de toxicovigilance, un dispositif renforcé de surveillance des données de plombémie. Le nombre de plombémies infantiles prescrites est allé croissant entre avril et août, ce qui fait écho aux recommandations publiées par l’Agence : 3 en avril, 29 en mai, 75 en juin, 65 en juillet et 226 en août. Au 31 août, ce sont 398 plombémies qui ont été réalisées chez des enfants de moins de 18 ans. Il est constaté en outre une nouvelle intensification en septembre depuis la rentrée scolaire.

Ces plombémies ont concerné très majoritairement des enfants de 0 à 6 ans (plus des deux tiers), classe d’âge pour laquelle les enjeux sanitaires associés à une exposition au plomb sont les plus importants.

Ce nombre croissant de plombémies réalisés au fil des derniers mois dans les arrondissements concernés s’inscrit dans la continuité des messages de prévention diffusés par l’ARS. Il dépasse désormais le nombre de plombémies réalisées annuellement sur tout Paris au cours des dernières années. Ce déploiement du dépistage s’inscrit par ailleurs en cohérence avec la stratégie de prélèvements environnementaux réalisés dans l’espace public, les logements, les écoles et les crèches dont les résultats ont été rendus publics et sont actualisés. Dans plusieurs avis sanitaires en mai, juin, juillet et août, l’ARS a formulé des préconisations de gestion et des orientations en matière de dépistage.

Une première approche épidémiologique des résultats des plombémies

Le nombre de plombémies réalisées constitue désormais une base d’analyse épidémiologique. Sans pouvoir en tirer des conclusions définitives, les éléments dont disposent désormais les scientifiques permettent de tirer de premières conclusions, qui devront être complétées au cours des mois à venir. Cette première analyse a été établie par les équipes scientifiques de la Cellule d'intervention en région (Cire) de Santé publique France (SpF), et permet de dessiner de premiers éléments quant à l’impact de l’incendie de Notre-Dame, qui devront progressivement être affinés et qui demeurent donc provisoires. L’analyse s’appuie entre autres sur la confrontation des données disponibles, pour les 0 - 6 ans, avec les derniers résultats disponibles en population générale avant l’incendie, ceux de l’étude Saturn-inf réalisée en 2009.

Jusqu’au 31 août, 3 plombémies au-delà de 50 µg/L et 34 entre 25 µg/L et 49 µg/L ont été mesurées, soit des niveaux de fréquence proches de ce que l’on retrouve chez les enfants en population générale. Pour mémoire, pour deux d’entre elles, les enquêtes environnementales ont identifié des sources de contamination au domicile. Ainsi que l’indique la Cire Île-de-France, en notant la vigilance méthodologique nécessaire quant à cette comparaison au regard des effectifs peu importants, «La proportion de plombémies au-dessus du seuil de 50 µg/L (0,8 %) est légèrement plus faible que celle mesurée dans l’étude Saturn-Inf en 2009. Elle était de 1,7 % en France métropolitaine. »

La distribution statistique des plombémies (moyenne, distribution) ainsi que la fréquence des plombémies entre 25 et 49 (c’est-à-dire au sein de l’intervalle de vigilance) sont proches de celles observées dans cette étude de référence Saturn-Inf. Le 4e arrondissement, arrondissement où se situe la cathédrale Notre-Dame, a lui une proportion de plombémies entre 25 et 49 qui reste « proche de celle observée en 2009 dans Saturn-Inf », tout en étant pour autant un peu supérieure à celle observée dans les autres arrondissements.

Ainsi, comme le note Santé publique France, « l’imprégnation moyenne, comme l’imprégnation élevée (supérieure à 25 µg/L), sont proches des niveaux estimés en 2009 en population générale. On note une fréquence plus élevée de plombémies supérieures à 25 µg/L dans le 4e arrondissement, que dans les 4 autres arrondissements, sans pouvoir affirmer que ces résultats sont liés à l’incendie de Notre-Dame ».

Des résultats qui incitent à continuer la surveillance

Au-delà de ces premiers éléments d’analyse, l’Agence régionale de santé reste pleinement mobilisée et maintient son dispositif de vigilance sanitaire sur les éventuelles conséquences sanitaires de l’incendie de la cathédrale en complément des mesures de prévention qu’elle a déployées. Les dépistages chez les enfants se poursuivent activement depuis septembre.

Ainsi, selon les données communiquées par les laboratoires, le nombre de plombémies effectuées depuis le 1er septembre s’approche d’ores et déjà des 350. Sur ce nombre, les seuls éléments dont dispose l’Agence sont les remontées de cas supérieurs au seuil de déclaration obligatoire, qui doivent être signalés en temps réel par les médecins traitants. Depuis le 1er septembre, trois nouveaux cas de dépassement ont été identifiés. Les enquêtes environnementales sont en cours. Ces trois situations ne modifient pas les conclusions globales qui se dégagent de l’ensemble des données.

Dans la durée, l’amplification des dépistages réalisés conduira nécessairement à l’identification de cas nouveaux de dépassement du seuil de déclaration obligatoire ou du seuil de vigilance. Tous ces cas font l’objet d’un suivi individuel, la première nécessité, comme cela a été fait sur chacun d’eux, étant de supprimer la source d’exposition que l’enquête environnementale identifie. La vigilance de l’Agence régionale de santé demeure totale pour suivre à la fois ces situations individuelles mais aussi ces données afin de vérifier qu’elles demeurent comparables avec les données de référence existantes.

Un périmètre d’investigation élargi autour de Notre-Dame

Conformément aux recommandations formulées par l’ARS Île-de-France dans ses avis sanitaires des 16 mai, 7 juin et 18 juillet 2019, les gestionnaires d’écoles, de crèches, et de toutes les structures accueillant de jeunes enfants situées dans le périmètre d’investigation défini par l’ARS, ont procédé pendant tout l’été à des prélèvements.

Ce périmètre d’investigation a dans un premier temps été déployé dans un rayon de 500 mètres autour de la cathédrale, avant d’être élargi afin de tenir compte des résultats de prélèvements réalisés sur la voirie par le Laboratoire central de la Préfecture de Police, pour évaluer l’impact éventuel de dépôts de poussières de plomb liés à l’incendie de Notre-Dame, au-delà du périmètre initial. Toutes les structures accueillant des publics sensibles se situant dans un rayon de 300 mètres autour d’un point de prélèvement supérieur à 5000 microgrammes par m², ont fait l’objet de prélèvements des poussières déposées au sol pour vérifier que les recommandations existantes au niveau national étaient respectées. Par précaution les aires de jeux en extérieur ont également fait l’objet de prélèvements.

Tous les résultats des prélèvements dans les établissements ont été publiés par les autorités gestionnaires.

Sur un total de plus d’une centaine de structures accueillant des enfants (écoles, crèches, gymnases…), et en complément des prescriptions générales formulées dans les avis sanitaires de juin et juillet, 5 d’entre elles ont fait l’objet de recommandations de gestion spécifiques par l’ARS. Ces mesures de gestion adaptées (nettoyage, travaux...) ont été prises immédiatement par les autorités responsables, et les enfants ont pu réintégrer ces écoles. Une recommandation individuelle de dépistage pour les enfants ayant fréquenté ces structures a été adressée à l’ensemble des familles concernées, ce qui explique aussi la dynamique de dépistage des dernières semaines.

Une vigilance nécessaire sur les sources potentielles d’exposition au plomb

A l’occasion des investigations menées dans ces structures, des sources d’exposition au plomb liées au bâti (de l’école ou de bâtiments en immédiate proximité), ou à d’autres sources présentes dans l’environnement de ces structures (sans que puisse être établi un lien avec l’incendie de Notre-Dame) ont été identifiées. Des sources diverses peuvent subsister, en particulier dans une ville comme Paris où le bâti ancien peut encore comporter des éléments contenant du plomb (peintures anciennes dégradées, revêtements…). Parallèlement, des travaux scientifiques (caractérisation isotopique du plomb issu de Notre-Dame) sont conduits afin de pouvoir identifier si les poussières de plomb retrouvées sont issues de la combustion de la cathédrale.

Par ailleurs, dans le cadre de la saisine de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) effectuée par la Direction générale de la Santé et la Direction générale du travail à la demande de l’ARS Île-de-France, un travail technique et scientifique va être engagé pour déterminer la réalité du « bruit de fond » lié à la présence historique et résiduelle de plomb sur la voirie et permettre également un appui méthodologique et technique des autorités sanitaires aux gestionnaires d’équipements. 

Ces constats, issus du recueil massif de données réalisé à l’occasion de l’incendie, démontrent la nécessité de s’assurer que les normes sanitaires en matière de plomb sont bien respectées dans les lieux accueillant des publics sensibles. Les prélèvements effectués à Paris montrent que ceci est le cas dans la grande majorité des cas, mais confirment la présence de sources d’exposition au plomb potentielles et nécessite dès lors de renforcer durablement des contrôles et vérifications par les autorités gestionnaires dans les établissements dont ils ont la charge.

L’ARS Île-de-France rappelle donc à l’ensemble des gestionnaires d’équipements publics et privés  accueillant des publics sensibles, la nécessité de s’assurer que les procédures de vérification des risques d’exposition au plomb sont effectives afin de garantir le respect des normes et recommandations sanitaires.

Aller plus loin