Du côté des territoires : A Sarcelles (95), des défis culinaires co-construits avec les habitants.

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Chaque semaine, l'Agence met en lumière un dispositif, un programme déployé sur le terrain par des acteurs de la santé publique partenaires dans le cadre de sa lettre d’information. Cette semaine, zoom sur le travail mené en lien avec la coopérative d’acteurs sur la nutrition menée autour de Sarcelles dans l’Est du Val-d’Oise.

« L’Empowerment est primordial pour amener les habitants à réfléchir sur leurs comportements, ce qui à terme pourra favoriser la bonne santé et la réduction des inégalités ». Ce que Jihad Bouazzaoui, coordinateur CLS de la ville de Sarcelles, appelle l’empowerment, c’est bien le fait de rendre les habitants acteurs de leur santé. C’est tout l’enjeu du projet de défis culinaires développé à Sarcelles et entièrement co-construit avec les habitants, dans le cadre de la coopérative d’acteurs sur la nutrition menée à l’Est du Val-d’Oise.

Retour sur la genèse de la coopérative d'acteurs du 95, construite autour du bien manger

C’est en 2018 que la Délégation départementale de l’ARS du Val-d’Oise a décidé de soutenir les acteurs de terrain à travers le pilotage de cette coopérative, au regard de la prévalence élevée du diabète et de l’obésité à l’Est du département. Regroupant des institutions, des acteurs de santé, des structures de proximité et cinq communes (Garges-lès-Gonesse, Goussainville, Gonesse, Sarcelles et Villiers-le-Bel), celle-ci développe des actions coordonnées de promotion de la santé et de prise en charge autour de la nutrition, auprès des enfants et de leurs parents.

Dans ce cadre, une réflexion a été menée dès le départ sur l’importance d’associer les habitants à l’identification de leurs besoins et à l’élaboration des actions pour y répondre, en leur permettant de participer aux processus décisionnels. En effet, « co-construire, c’est aussi échanger sur comment aborder les questions de santé avec eux. (…) Certains habitants ont réellement pris le pouvoir lors des ateliers, les débats étaient passionnés, ils n’avaient pas peur d’être jugés, ils parlaient en confiance et leurs avis étaient pris en compte. » (Jihad Bouazzaoui).

Cette réflexion s’est concrétisée par des temps de concertation avec des habitants pour faire émerger des idées d’actions qu’ils souhaitaient investir. Ainsi, des défis culinaires intergénérationnels ont vu le jour dans chacune des cinq communes. La démarche s’est poursuivie par des ateliers de co-construction du projet avec les habitants et les professionnels.

L’expertise du Pôle Ressources ville et développement social, qui a coordonné ce projet, a été un atout majeur pour le développement de la démarche participative citoyenne. Le contenu et l’organisation des évènements ont été pensés avec les habitants, qui ont été « très investis dans le projet », comme l’indique Saadia Contesenne, référente de l’association APEC située à Sarcelles. Selon elle, « le projet a beaucoup plu et est considéré comme une réussite. Le point fort a été le partenariat avec le Pôle ressources, qui a maintenu le fil rouge pendant la crise sanitaire, ce qui a permis au projet de tenir sur la durée, alors même que mobiliser les habitants sur plusieurs sessions est habituellement très difficile ». De plus, « le fait d’avoir fait de l’aller-vers, d’être allés dans les maisons de quartier, les structures de proximité, là où les gens vont, ça a joué sur leur participation.»(J. Bouazzaoui)

Une co-construction reposant sur le principe gagnant-gagnant

Pour les habitants, les éléments clé de leur motivation ont été le fait de partager et d’apprendre par la pratique : "Je ne connaissais pas le couscous d'orge, qui est plus sain, plein de fibres! Quand on l'a fait en groupe, ça m'a donné une idée et comme ça, je le referai à la maison avec mes enfants qui vont aussi apprendre" exprime Hayat, habitante de Sarcelles. Ainsi, la démarche participative semble favoriser la mobilisation des savoirs théoriques, pratiques et expérientiels des habitants et agir sur le développement de comportements favorables à leur santé.

Saadia observe en effet des modifications dans les pratiques des habitants qu’elle côtoie au quotidien : « Ils prennent les escaliers au lieu de l’ascenseur. (…) Je les rencontre à Auchan avec une liste de fruits et légumes de saison, ils font attention à ce qu’ils achètent. Et certains me disent qu’avant, les enfants étaient mis à l'écart pour la cuisine. Maintenant, ils refont les recettes à la maison. Ils aiment participer et manger ce qu'ils ont préparé ».

L’implication des habitants semble donc être un levier d’amélioration de l’efficacité des actions de prévention, mais les professionnels attirent l’attention sur les vigilances à garder à l’esprit pour maintenir des conditions favorables à leur participation : « Pour éviter les conflits, il faut bien poser le cadre, exploiter au mieux les savoir-faire dans un esprit de travail collectif et s’adapter à la disponibilité de chacun… ».

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