La santé avance en Île-de-France

Incendie N.-D. de Paris : l'essentiel

Article
L’incendie de Notre-Dame le 15 avril 2019 a exposé les zones environnantes à des résidus de combustion de plomb en raison de la présence importante de ce métal dans la toiture de la cathédrale. Les résidus de plomb peuvent être présents dans l’environnement, soit sous forme de particules en suspension dans l’air, soit sous forme de poussières résiduelles en intérieur ou sur les sols extérieurs.
Corps de texte

L’incendie de Notre-Dame de Paris est à l’origine d’une pollution au plomb aux abords de la cathédrale. Les prélèvements effectués par le Laboratoire central de la préfecture de police (LCPP) à partir du 17 avril ont montré qu’il n’y avait pas de risque associé à la qualité de l’air mais que des valeurs hétérogènes, pour certaines élevées, étaient constatées dans les sols à proximité et dans certains locaux administratifs.

Pour les logements des riverains et afin d’éviter l’éventuelle ingestion de poussières de plomb, en particulier par les enfants, l’Agence régionale de santé a diffusé des conseils de prévention visant à opérer un nettoyage humide efficace des appartements. En cas de doute, les parents étaient invités à consulter leur médecin traitant.

Lors de la réunion publique du 13 mai 2019 organisée à la mairie du 4e arrondissement, l’ARS a également annoncé qu’elle allait procéder à des prélèvements dans les appartements de familles vivant à proximité de la cathédrale, afin de s’assurer de l’efficacité des opérations de nettoyage effectuées.

L’ARS s'est engagé à informer individuellement les familles des résultats des prélèvements dans leur logement et à les conseiller dans les gestes à adopter pour prévenir d’éventuelles réintroductions de poussières dans les logements.

L’ARS avait invité les familles à consulter en cas de doute leur médecin traitant afin de se voir éventuellement prescrire une plombémie (dosage du plomb dans le sang). A ce jour, une des mesures de plombémie a révélé chez un enfant un taux d’imprégnation supérieur au seuil de déclaration réglementaire. L’ARS a déclenché en conséquence une enquête environnementale pour identifier, dans les lieux de vie de cet enfant, la ou les causes de cette imprégnation et vérifier qu’elle n’est pas liée à d’autres facteurs que l’épisode exceptionnel de l’incendie.

L’ARS a renouvelé ses recommandations, notamment auprès des familles ayant des enfants de moins de 7 ans et auprès des femmes enceintes résidant sur l’Île de la Cité, à consulter leur médecin traitant, qui pourra leur prescrire une plombémie.

------------------ Questions / Réponses ------------------

Les intoxications aiguës sont extrêmement rares et se situent généralement dans des contextes professionnels, différents de ceux de l’incendie, ou l’exposition d’enfants en bas âge à des habitats très dégradés et très contaminés. Aucune intoxication de ce type n’a été signalée dans les jours qui ont suivi l’incendie.

Le risque éventuel d’intoxication chronique, après l’incendie, serait consécutif à l’ingestion de poussières contaminées par le plomb, qui pourrait intervenir notamment via la contamination des mains par les dépôts de plomb dans les sols ou les poussières déposées sur les surfaces (sols intérieurs, bords de fenêtres…) et le manuportage à la bouche directement (pour les enfants ou les adultes qui rongent leurs ongles) ou indirectement.

Par ailleurs, sans lien avec l’incendie de la cathédrale, il existe d’autres sources d’exposition qui peuvent également contribuer à une exposition au plomb, au plus long court : peintures au plomb dégradées dans les logements, le minium de plomb utilisé sur certaines  les ferronneries peintes, anciennes canalisations d’eau potable en plomb, cosmétiques et remèdes  traditionnels, manipulation régulière d’objets contenant du plomb, etc. La présence de peintures dégradées contenant du plomb (peintures utilisées dans les bâtiments anciens construits avant 1975, surtout s’ils ont été construits avant 1949) est l’une des sources d’exposition les plus documentées comme  cause du saturnisme infantile.  

L’ingestion de plomb peut provoquer une maladie appelée le saturnisme.

Le saturnisme infantile est une maladie qui concerne les enfants. La déclaration auprès des autorités sanitaires par les professionnels de santé est obligatoire lorsque la plombémie (dosage du plomb dans le sang) est supérieure ou égale à 50 µg/Litre de sang.

Les études scientifiques internationales montrent qu’il existe des effets de l’intoxication par le plomb sur la santé, sans seuil (c’est-à-dire sans que soit identifié un « seuil » au-delà duquel des effets existent et en-deça non), et que ces effets sont d’autant plus importants que les plombémies sont élevées, notamment chez

  • les jeunes enfants : développement intellectuel, comportement et humeur, développements staturo-pondéral (retard de croissance) sexuel (retard pubertaire) et sur l’acuité auditive
  • la femme : développement fœtal et déroulement de la grossesse.

Les effets du plomb ne se traduisent en général pas par des signes cliniques spécifiques visibles.

Les niveaux d’exposition au plomb associés au contact avec les sols et les poussières contaminés étudiés ici sont tels que le plomb n’est pas en quantité suffisante pour entraîner des symptômes visibles qui lui soient facilement attribuables.

A ce jour, le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) classe le plomb dans le groupe 2B des substances « peut-être cancérogènes»  pour l’espèce humaine et non en groupe 1 (agent cancérogène) ou en groupe 2A (agent « probablement cancérogène »). Les données épidémiologiques internationales ne permettent pas d’établir le lien entre la survenue de cancers chez l’Homme et l’exposition au plomb, sans pour autant pouvoir exclure la possibilité d’un tel lien.

Les populations les plus à risques sont :

  • les jeunes enfants (en particulier ceux âgés de moins de 7 ans) en raison du risque d’absorption du plomb qui se fait principalement par voie digestive ou de poussières du fait de leur comportement « main-bouche » (porter ses mains à sa bouche). En outre, leur métabolisme favorise une absorption digestive beaucoup plus importante du plomb que chez les adultes. Les jeunes enfants sont de plus une population particulièrement sensible aux effets du plomb du fait du développement en cours de leur système nerveux et osseux ;
  • les femmes enceintes et l’enfant qu’elles portent, du fait notamment d’une plus grande sensibilité du fœtus en lien avec le développement en cours de son système nerveux.

Seule une prise de sang, appelée plombémie, réalisée dans un laboratoire de biologie médicale classique, permet de confirmer ou d’infirmer une intoxication au plomb et de suivre, le cas échéant, son évolution.  

  • Une concentration supérieure ou égale à 50 µg/L (microgrammes de plomb par litre de sang) est le signe d’une exposition significative et fait l’objet pour le mineur d’une déclaration de saturnisme infantile auprès des autorités sanitaires (ARS). L’ARS conduit alors une enquête environnementale pour identifier les sources de plomb auxquelles est exposé l’enfant afin de mettre en œuvre les mesures les plus adaptées pour supprimer-cette exposition en apportant les conseils hygiéno-diététiques adaptés.
  • Pour des concentrations de plomb sanguin comprises entre 25 et 49 µg/L, un suivi des enfants est organisé par le médecin traitant et des conseils hygiéno-diététiques sont donnés aux parents pour réduire l’exposition de leur enfant et ainsi réduire le risque de contamination.

Pour les femmes enceintes, le repérage du risque d’exposition au plomb pendant la grossesse est recommandé, en lien avec le médecin traitant. Il peut se faire à tout moment, en particulier lors de la 1re consultation du suivi de grossesse ou au cours de l’entretien prénatal précoce.

Dans la plupart des cas, la suppression de la source d’exposition (ou la suppression de l’accès à la source d’exposition) permet de faire baisser la plombémie de l’enfant, à savoir la quantité de plomb présent dans son sang. En effet, en supprimant l’accès à la source d’exposition, la concentration du plomb dans le sang diminue naturellement (baisse de moitié en un mois environ).

C’est pourquoi l’enfant présentant une plombémie supérieure à 50µg/L doit faire l’objet d’un suivi médical et de contrôles ultérieurs de sa plombémie.

L’Agence régionale de santé est systématiquement informée des cas de saturnisme infantile dans le cadre du dispositif des maladies à déclaration obligatoire. L’ARS engage alors une investigation environnementale pour déterminer les sources de plomb auxquelles est exposé l’enfant afin de mettre en œuvre les mesures les plus adaptées pour supprimer son exposition.

En complément des mesures de prévention et par précaution, l’ARS a invité les familles ayant des enfants de moins de 7 ans et les femmes enceintes vivant sur l’Île de la Cité à consulter leur médecin traitant en vue de la réalisation d’une plombémie. Cet examen peut également être réalisé auprès de la consultation de dépistage spécifiquement mise en place au Centre de diagnostic et de thérapeutique de l’Hôtel-Dieu ou du Centre Antipoison et de Toxicovigilance de Paris à l’Hôpital Fernand-Widal.

De manière générale si vous pensez que votre enfant a pu être exposé à une ou plusieurs sources de plomb, il est recommandé de consulter votre médecin traitant.

Une surveillance régulière est exercée par l’ARS en lien avec le centre anti-poison rattaché à l’AP-HP, qui reçoit toutes les plombémies de la région. Ainsi, si une anomalie apparaît (à savoir un nombre important de plombémies élevées), pouvant signifier un risque sanitaire, cette surveillance permet de la repérer.

L’ARS Île-de-France a invité les familles ayant des enfants de moins de 7 ans et les femmes enceintes vivant sur l’Île de la Cité à consulter leur médecin traitant en vue de la réalisation d’une plombémie.

Le risque sanitaire étant bien moindre pour les adultes, la surveillance médicale est privilégiée pour les enfants et les femmes enceintes ou désireuses d’avoir une grossesse dans les 6 mois. Si le médecin le juge opportun en fonction des facteurs de risque d’exposition, il prescrira une plombémie (prise de sang) afin de vérifier la teneur en plomb dans l’organisme. Si la teneur en plomb chez l’enfant dépasse le seuil fixé pour une déclaration obligatoire (50µg/L), une enquête sur les lieux habituellement fréquentés par l’enfant sera réalisée pour rechercher la/les source(s) de contamination et un suivi dans le temps de la teneur sanguine en plomb sera recommandé, ainsi que des conseils hygiéno-diététiques le cas échéant.

Pour les enfants mineurs et les femmes enceintes, l’examen est pris en charge à 100 % par les organismes de sécurité sociale.

Une consultation spécifique a été mise en place à l’Hôtel-Dieu, pour faciliter la réponse aux besoins des familles, si besoin.

Les recommandations visant à prévenir les expositions pour les personnes pouvant être en contact avec des sols ou des poussières contaminées par le plomb sont les suivantes :

  • Respecter les gestes habituels d’hygiène des mains : lavage fréquent, particulièrement avant les repas et après un contact avec les sols, ongles courts ;
  • Suivre les recommandations de nettoyage mise à disposition par l’ARS (voir ci-après) ;
  • Ne pas manger ni fumer ni boire pendant certaines tâches exposant aux poussières (jardinage, entretien des bâtiments, ménage…).
  1. Élimination des poussières dans le logement et les parties communes

Cette partie porte sur les surfaces du logement (meubles, encadrements de portes et fenêtres, boiseries, murs, sols, plinthes, bibelots, etc.), des parties intérieures et extérieures des ouvrants (fenêtres et rebords), des terrasses et balcons, et des parties communes.

Pour éviter une mise en suspension des poussières, il est conseillé de réaliser des nettoyages humides. Ce nettoyage peut être renforcé à l’aide d’un aspirateur uniquement si celui-ci dispose d’un filtre THE (très haute efficacité) ou HEPA (high efficiency particulate air) en particulier pour les surfaces irrégulières (sols poreux, non vitrifiés) et les espaces difficilement accessibles (ex. entre des lames de parquet)

Pour les surfaces lisses et planes, il est recommandé d’utiliser :

  • du nettoyant vitres et de l’essuie tout  (méthode très efficace et utilisée par les professionnels du nettoyage),
  • ou de l’eau avec du détergent et un linge propre (par exemple des serpillères ou des chiffons industriels à haut pouvoir absorbant) – changer l’eau et le linge souvent, en particulier entre le nettoyage des parties extérieures (parties extérieures des ouvrants – fenêtres et rebords -, terrasses, balcons…) et de l’intérieur du logement,
  • ou des lingettes jetables.

La fréquence de nettoyage : une fois par semaine pour les sols, meubles et bibelots est adaptée. Le matériel de nettoyage utilisé ne doit servir qu’à nettoyer les poussières du logement ; les vêtements portés pendant le nettoyage sont lavés après le ménage.

Un lavage des rideaux (machine ou nettoyage à sec) et un nettoyage au linge humide pour les stores sont conseillés.

  1. Limiter la re-contamination

Une fois le nettoyage effectué, plusieurs actions permettent de limiter la re-contamination des logements :

  • laisser devant l’entrée les chaussures utilisées à l’extérieur et les poussettes,  trottinettes, etc.,  
  • nettoyer les objets qui ont été en contact avec la chaussée, notamment les jouets (ex. ballon) utilisés par les enfants,
  • procéder régulièrement à un nettoyage humide des jouets et objets (ex. doudous) pouvant être portés à la bouche par les enfants,
  • procéder régulièrement à un nettoyage humide de l’entrée, des ouvrants, terrasses, balcons et rebords de fenêtres.
  1. Pour les balcons revêtus de feuilles de plomb laminé 

Le plomb est un polluant qui peut être présent dans les bâtiments et est notamment retrouvé dans les feuilles de plomb laminé qui recouvrent les sols des balcons. Lorsque ces surfaces ne sont ni vernies ni recouvertes d’une couche de protection en parfait état, il existe un risque très élevé de contamination par les poussières de plomb émises par ces surfaces.

Aussi, après un premier nettoyage à l’aide d’une serpillère humide pour éliminer les poussières retombées lors de l’incendie, il est recommandé :

  • de ne plus effectuer d’opération pouvant endommager ces surfaces (rayure, abrasion, impact, travaux),  
  • d’interdire l’accès du balcon aux enfants dans l’attente de travaux de recouvrement et
  • d’être particulièrement vigilant vis-à-vis de l’introduction dans le logement de poussières depuis ces espaces (via les chaussures, par exemple).

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