Covid-19 : l’ARS Île-de-France renforce sa mobilisation dans le secteur de la santé mentale

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Santé publique

La crise sanitaire liée au Covid-19 entraine des conséquences économiques et psychosociales lourdes sur l’ensemble de la population francilienne. Pour une majorité de personnes, les réactions émotionnelles et comportementales permettent de s’adapter à cet état de stress extraordinaire. Pour une minorité, cet état peut engendrer une détresse psychologique voire des troubles psychiatriques avérés.

Pour faire face, et depuis la mise en place de sa Feuille de route en 2019 sur la santé mentale, l’ARS Île-de-France intègre les conséquences de la crise dans le déploiement progressif de l’ensemble des actions d’aide à la santé mentale. Ainsi, près de 3.5 millions d’euros ont été consacrés au renforcement des actions de prévention et de soins en lien direct avec la crise sanitaire.

Quelques groupes de population sont particulièrement concernés dont les étudiants qui peuvent être confrontés, entre autres, à des incertitudes concernant leur scolarité, à de l’isolement social et à de la précarisation. C’est ainsi que des études récentes montrent chez les étudiants plus de problématiques d’anxiété et de stress sévères, et même des pathologies dépressives, qu’en temps normal hors pandémie. Par ailleurs, les personnes touchées par des maladies psychiatriques peuvent avoir des rechutes avec des situations plus complexes.

Dans ce cadre, les experts au niveau national et international alertent sur un risque d’augmentation des souffrances ou troubles psychiques (dépression, troubles anxieux, phobie scolaire, idées suicidaires…), y compris chez les personnes n’ayant pas d’antécédents psychiatriques. Même s’il est encore difficile d’avoir une vision précise de ce phénomène diffus, l’ARS a travaillé sur un plan d’actions avec les acteurs de la santé mentale.

Consolidation de la stratégie multimodale de prévention du suicide

Ces actions, renforcées avec la crise sanitaire, s’intègrent dans les travaux engagés tant dans les projets territoriaux de santé mentale (PTSM) que dans les autres outils au service de la politique de santé mentale au niveau local (conseils locaux de santé mentale ou contrats locaux de santé) :

  • Formations des cliniciens avec une proposition de séances « Intervention de crise suicidaire » et « Évaluation-Orientation » ;
  • Déploiement du programme VigilanS, recontact post-hospitalier des personnes ayant fait une tentative de suicide, avec des possibles mutualisations entre les départements. Les programmes actuellement actifs sont dans le 78 (CH Plaisir), dans le 94 (H MONDOR) et dans le 75 (GHU PNS) ;
  • Création d’un annuaire régional prévention du suicide à destination des acteurs et dont l’élaboration a été confiée au Collège National pour la Qualité des Soins en Psychiatrie ;
  • Surveillance des données concernant les tentatives de suicide aux SAU permettant d’objectiver les évolutions dans le contexte de la crise sanitaire. Ce travail est fait avec la CIRE Île-de-France et les pilotes VigilanS ;
  • Déploiement du programme Premiers secours en santé mentale (PSSM) avec formation de secouristes en santé mentale et de formateurs sur le 93 et le 78.

Renforcement ou maintien des 7 plateformes régionales d’orientation et de soutien psychologique téléphoniques

Ces actions ont été lancées dans le contexte de la première vague épidémique pendant le confinement avec l’objectif principal de structurer l’offre de prévention en santé mentale pour répondre à la crise sanitaire et ses conséquences, avec des modalités à la fois adaptées au contexte et permettant d’assurer un bon suivi des parcours de soins et une bonne qualité et sécurité des prises en charge.

L’ARS Île-de-France a créé, en avril dernier, la plateforme d’écoute régionale « Psy IdF » destinée aux familles, aidants ou proches, en partenariat avec le GHU Paris Neurosciences. A ce jour, plus de 7 000 appels ont été passés et 50% d’entre eux émanent de personnes sans antécédents psychiatriques.  Dans près de 80 % des cas, la plainte est de nature anxieuse et pour près de la moitié à caractère dépressif. Dans 30% des situations, le lien avec la Covid est fait explicitement.

Par ailleurs, avec le contexte épidémique actuel, l’Agence a souhaité renforcer plusieurs dispositifs de consultations psychotrauma, en particulier pour les familles endeuillées par l’épidémie covid-19 (en lien avec le Centre régional de psychotraumatisme Paris Nord) et pour le public étudiant.

Listes des plateformes régionales :

Soutien aux établissements pour la prise en charge des patients 

Une enquête régionale a été créé début mai afin de monitorer le fonctionnement du système de soins en psychiatrie et de repérer les tensions capacitaires dans tous les établissements franciliens. Cette surveillance a permis d’ouvrir des unités Covid-19 +, de participer à la régulation régionale des lits pour les urgences psychiatriques et d’identifier les impacts de la crise sanitaire sur l’offre de soins disponible. Les résultats sont accessibles en permanence et les données quantitatives et qualitatives récoltées font l’objet d’un tableau de bord hebdomadaire. Dans la période de très forte tension sur les lits d’hospitalisation complète, une cellule de régulation régionale a été mise en place pour assister les établissements saturés dans leur recherche de lits dans les autres établissements. Le secteur privé a également été mobilisé pour pouvoir accueillir des patients aigus en post-urgence immédiat.

Par ailleurs, un plan d’actions est actuellement en cours pour augmenter l’offre de soins (hospitalisation complète, partielle et ambulatoire) pour répondre à la forte demande de soins pour des enfants ou adolescents en souffrance psychique.

Des recommandations spécifiques pour les activités de psychiatrie ont été rédigées dès le début de la crise, puis régulièrement adaptées en fonction de l’évolution de la situation et des recommandations nationales. Ces recommandations ont notamment été enrichies de réflexions sur l’équilibre entre sécurité sanitaire et respect des droits des patients.

Mobilisation des Conseils Locaux de Santé Mentale, des Conseils Locaux de Santé et des groupes de travail PTSM

Le retour d’expériences de la première vague a mis en lumière des actions locales comme le réseau lanceur d’alerte sur Rosny-Sous-Bois. C’est pourquoi, dans le cadre de la seconde vague, une animation CLS/CLSM a été mise en place par l’Agence. Une visioconférence est organisée tous les 15 jours avec les coordonnateurs pour leur soutenir dans leur action de terrain et, par ailleurs, des formations à la prévention ont été organisées avec le Codes. Enfin, un espace collaboratif a été mis en place permettant le partage d’outils, de ressources et d’expériences inspiratrices.