"Aller vers" : retour sur les actions engagées en Seine-Saint-Denis depuis le lancement de la campagne de vaccination

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file de voitures au vaccidrive de seine saint denis

L’ARS Île-de-France est engagée dans la campagne de vaccination contre la Covid-19. Elle appuie la mise en œuvre d’opérations pour aller chercher les Franciliens les plus éloignés des lieux de vaccination.

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Retour sur les actions menées en Seine-Saint-Denis avec le témoignage de la Directrice de la délégation départementale, Sylvaine Gaulard. Elle revient sur les actions engagées par l’Agence avec les acteurs locaux du département depuis février dernier pour faciliter la vaccination des personnes les plus fragiles et éloignées des soins et nous détaille les nouvelles opérations d’aller vers pour aller chercher les publics éloignés de la vaccination.

Quelles démarches visant à réduire les inégalités d’accès à la vaccination ont été entreprises dans le département ? 

Je ne vais pas revenir en détail sur la situation de la Seine-Saint-Denis durement éprouvée face à cette crise sanitaire : nous sommes sur un territoire où les inégalités sociales et économiques cristallisent encore plus qu’ailleurs les difficultés pour amener les publics vers le système de santé. C’est pourquoi l’Agence a résolument sur doté en vaccins la Seine-Saint-Denis par rapport à son poids démographique.

En outre, dès le début de la campagne vaccinale, il nous est apparu nécessaire de nous rapprocher au plus près des publics éloignés de l’accès aux soins, de par leur âge ou la précarité, l’isolement et les difficultés qui en découlent, afin de les « ramener vers » les centres de vaccination.
 

Sous le pilotage du préfet et en partenariat avec les acteurs locaux, nous avons donc monté le maillage en centres de vaccination le plus dense et riche de la région Ile-de-France avec aujourd’hui 30 centres pour 40 communes. Le dispositif s’est articulé notamment autour du centre de vaccination dédié aux personnes âgées précaires à Bobigny avec la Cpam 93, du bus de vaccination armé par le conseil départemental pour sillonner les villes du département, du premier très grand centre francilien ouvert au Stade de France depuis le 6 avril ou encore d’un « vacci’drive » ouvert à Villepinte depuis le 21 mai.

En complément, dès les premières semaines de la campagne de vaccination, nous avons appuyé la mise en place d’actions pour aller chercher les publics et les « ramener vers » les centres : je pense aux opérations de phoning réalisées par la Cpam 93 qui a appelé les personnes âgées bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire (CSS) ou qui n’avaient pas consommé de soins depuis 6 mois, aux opérations de prises de rendez-vous réalisées par les CCAS du département.

J’ai aussi en mémoire les opérations de sensibilisation à la vaccination conduites par les médiateurs de la lutte anti-Covid (MLAC), notamment dans les foyers sous la coordination de la délégation départementale, ou encore aux ambassadeurs vaccination créés par le département et certaines communes qui ont par exemple ouvert des stands de prise de rendez-vous sur les marchés.

Nous avons aussi encouragé les centres de vaccination à vacciner les personnes à domicile ou hébergées dans les foyers de travailleurs migrants de leur commune en leur allouant des doses de vaccins supplémentaires.

Pour autant, la part des séquano-dionysiens qui se sont fait vacciner à ce stade reste encore trop faible. Il nous faut donc poursuivre nos efforts et notamment multiplier les équipes mobiles pour aller au plus près des personnes, avec des opérations de vaccination, telles que celles menées avec la Cpam 93 « au pied des tours ».

Un partenariat fort vous unit avec la Cpam 93. Comment sont nées les actions « aller vers » vaccination menées avec eux ?

Les actions “aller-vers” mises en place avec la Cpam 93 sont une suite logique dans la collaboration qui nous unit avec elle depuis le tout début de la crise. Cette grande proximité s’est établie dans le cadre, au départ, du contact-tracing et de la cellule d’appui à l’isolement. Cette coopération en confiance s’est poursuivie avec la mise en place de barnums de dépistage communs entre autres, et tout naturellement après, dans le cadre de la campagne vaccinale de 2021.

Comme pour toutes les autres opérations menées par l’Agence avec les associations de terrain de la Seine-Saint-Denis, le pré-requis pour mettre en place ce type de dispositif consiste à pouvoir s’appuyer sur des acteurs de proximité, ancrés dans les espaces de vie des habitants.
La Cpam 93 est un acteur incontournable pour parvenir à toucher des publics éloignés, plus difficilement mobilisables. C’est une population qu’elle connaît bien et qu’elle peut aisément contacter, relancer et convaincre pour faire tomber les barrières qui les éloignent de la vaccination. 

Petit plus, non-négligeable, on pouvait s’appuyer sur ses compétences d’interprétariat pour aborder ces différents sujets avec la population du département (24 langues parlées sur la plateforme du contact-tracing).

Comment cela s'est-il concrétisé avec eux par exemple ?

Le centre de vaccination dédié à l‘accueil des publics précaires et isolés a été mis en place le 15 février dans le centre d’examen de santé de Bobigny par la Cpam 93 (1 500 rendez-vous par semaine). Il a permis de faire affluer les personnes identifiées par ses soins et les acteurs locaux (CCAS, ..) en leur proposant des créneaux dédiés et en mettant en place des moyens de transport pour acheminer ces personnes jusqu’au centre. 

Puis, plus récemment a été déployée, parmi les équipes mobiles déjà actives que nous appuyons dans le département, une nouvelle équipe Cpam « hors les murs » pour projeter une vaccination « au pied des tours » dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). Ces opérations consistent à installer des barnums de vaccination durant quelques jours dans une même ville pour assurer environ 800-900 vaccinations par semaine (Noisy-le-Sec, Saint-Ouen, Bondy, Sevran Bagnolet, etc.). 

Quels retours d'expérience faites-vous sur les dispositifs “d’aller vers” engagés dans le département ?

On a pu remarquer un réel effet d’entraînement lors des opérations de vaccination « au pied des tours » conduites par la Cpam. Si un étage commence à descendre, alors un autre étage descend, si un membre d’une famille descend, toute la famille va descendre, si une communauté descend, le reste de la communauté va descendre. Les gens se connaissent dans la file d’attente et se motivent les uns les autres.

L’autre observation qui ressort, c’est que les personnes rencontrées disent majoritairement qu’elles ne se seraient jamais vaccinées sans ces opérations d”aller vers” et qu’elles n’avaient d’ailleurs pas essayé de trouver un RDV en centre de vaccination. Elles jugent l’accès à la vaccination trop compliqué avec en plus le sentiment que tout ça n’est pas pour eux.

Le troisième enseignement qui permet de garantir le succès de ces opérations, c’est de réussir à lever certaines contraintes fortes pour ces publics :

  • Le déplacement : les habitants sont rassurés de pouvoir se faire vacciner dans leur quartier, en terrain connu. Ils n’ont ainsi pas de difficultés de transport ou de recherche des adresses ;
  • La prise de RDV : le « sans RDV » est un succès. Il est plébiscité parmi tous les publics rencontrés ;
  • L’absence de droits sociaux : si la vaccination est gratuite et inconditionnelle, les gens ne le savent pas toujours. Il est donc plus facile pour elles de se présenter sur un barnum, en passant, que de se déplacer en centre de vaccination ;
  • La barrière de la langue : lors de ses opérations au pied des tours, la Cpam 93 a pu s’appuyer sur ses équipes polyglottes, ce qui peut être rassurant pour expliquer le parcours vaccinal et faire tomber les craintes.

Quelles sont les prochaines étapes pour “aller vers” les publics ?

Sur la base de ces enseignements, notre objectif est de multiplier d'ici l'été les équipes mobiles pour aller au plus près des personnes fragiles dont on sait qu’elles ne se déplaceront pas dans les centres de vaccination conventionnels. Nous avons donc demandé à la Croix-Rouge française d’ouvrir des centres de vaccination éphémères sans rendez-vous dans les épiceries sociales et les points de distribution alimentaires pour toucher les personnes en situation de grande précarité, comme par exemple celles hébergées en hôtel social. De même, la Croix-Rouge va armer un camion dès la semaine prochaine pour aller vacciner dans les centres d’hébergement d’urgence. Ces opérations ont été montées dans des temps record, grâce à notre lien privilégié à la fois avec la Croix-Rouge qui opère le Stade de France et avec le SIAO 93 avec lequel nous travaillons étroitement depuis des années et que nous finançons d’ailleurs pour des actions d’accès aux soins des personnes très précaires. 

Nous avons aussi demandé au Groupe SOS de créer des équipes mobiles pour vacciner les travailleurs en ESAT et les personnes hébergées dans les foyers pour demandeurs d’asile. Ces équipes démarreront d’ici quelques jours.

Toutes ces opérations mobiles demandent une forte coordination des acteurs pilotée par la préfète déléguée à l’égalité des chances pour s’assurer que les équipes mobiles se répartissent bien sur le territoire. 

Notre action pour “aller vers” les publics à vacciner va également s’attacher à couvrir les publics prioritaires non vaccinés (obésité, trisomie 21 etc.), nous allons pour cela renforcer nos actions de sensibilisation à la vaccination sur le terrain via les réseaux de professionnels de santé et nos partenaires engagés dans le dispositif Covid Stop Ensemble.

 

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