Agir sur les facteurs structurels défavorables à la santé des personnes pour réduire les inégalités sociales de santé : retour sur un appel à projets innovant à l’ARS

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La crise sanitaire liée au covid-19 accélère et creuse les inégalités en santé. Dans ce contexte ayant rendu particulièrement visibles certaines situations de vulnérabilité, l’ARS Île-de-France a lancé en juin dernier et clôturé le 15 octobre, l’appel à projets « Réduction des inégalités sociales de santé – actions structurelles ».

Cet appel à projets s’inscrit dans le cadre de la mesure 27 du Ségur de la Santé, qui porte sur les inégalités sociales de santé.

Suite à la phase d’instruction, les projets qui répondent aux objectifs fixés dans le cadre de cet appel à projets sont soutenus à hauteur de 1 873 000€.

Dresser des ponts entre les expertises pour agir contre les inégalités structurelles en santé

Innovant, cet appel à projets a pour ambition d’intervenir sur des champs prenant en compte les contraintes et caractéristiques sociales d’un individu qui conditionnent son état de santé dès le plus jeune âge, voire avant sa naissance, ou en agissant sur les mécanismes qui relient ces déterminants et l’état de santé, et en particulier :

  • Agir sur le lien entre l’habitat, le logement et les inégalités de santé ;
  • Intervenir sur le lien entre la précarité de l’emploi, les nouvelles formes de salariat ou de travail et les inégalités de santé ;
  • Prendre en compte l’impact de la ségrégation et des discriminations sur la santé.

L’innovation de cet appel à projets réside donc dans l’inclusion et la collaboration d’acteurs dont certains n’œuvrent pas historiquement dans le champ de la santé, mais dont l’expertise et le champ de compétence permettraient de répondre aux trois enjeux identifiés.

Intégrer le fonctionnement urbain, le logement et l’habitat comme déterminants de santé 

6 projets ont été retenus dont :

  • Les compagnons bâtisseurs d’Ile-de-France : Développer la capacité à agir des habitants pour préserver la qualité de l’air intérieur dans leur logement : Inscrit dans une démarche d’empowerment des habitants des QPV, ce projet vise à développer le pouvoir d’agir des habitants pour préserver la qualité de l’air intérieur (QAI) dans leur logement. Le projet entend ainsi sensibiliser les habitants des QPV de 2 départements (93 et 95) aux bonnes pratiques et habitudes à adopter face aux problématiques liées à l’habitat humide, facteur d’exposition important sur la santé respiratoire par le biais de visites à domicile et d’ateliers.
  • Solidarité Internationale et ACINA : Plan d’action d’accompagnement et d’amélioration des conditions de vie des ménages exposés à l’intoxication saturnine en bidonvilles, squatts et habitats non-conventionnels : Ce projet est intégré dans un programme régional de lutte contre le saturnisme. L’objectif est d’articuler la réduction des risques d’exposition au plomb par l’assainissement et le traitement environnemental des lieux de vie, et d’assurer des missions de sensibilisation et d’accompagnement des ménages, vers les dispositifs sociaux et de santé afin de favoriser leur insertion socio-professionnelle et leur accès au logement.

Comprendre l’impact des ségrégations et des discriminations dans l’accès à la santé

2 projets ont été retenus dont :

  • Association départementale des gens du voyage de l’Essonne : Favoriser les pratiques de soins non-discriminantes en renforçant le lien soignants/ soignés : Projet visant à améliorer la prise en charge des Gens du Voyage, en tenant compte du vécu de discrimination en matière de santé. Dans une démarche exploratoire, l’association va proposer une médiation recueillant les témoignages et perceptions pour encourager l’inter-compréhension soignants/soignés en créant des guides de bonnes pratiques visant à sensibiliser les professionnels de santé à adapter leurs pratiques selon les types de destinataires.
  • Conseil départemental de Seine-Saint-Denis : Projet de recherche interventionnelle sur l’impact différencié des dispositifs de médiation en santé : Afin de renforcer l’accès à la prévention en santé, le projet vise à développer la médiation en santé par un dispositif de permanences au pieds d’immeubles à destination des habitants de 4 quartiers de Seine-Saint-Denis en partenariat avec le bailleur social Seine-Saint-Denis Habitat. Un travail de recherche-action sera conjointement mené par 3 chercheurs rattachés à l’Institut Convergences Migrations dans une approche comparative de l’impact de la médiation sur les habitants des 4 quartiers ainsi que sur les permanences assurées au sein d’une Plateforme d’Accueil des Demandeurs d’Asile à destination de personnes migrantes primo-arrivantes (PADA).

Faciliter l’accès à la santé des personnes éloignées de l’emploi

3 projets ont été retenus dont :

  • Conseil régional du Secours Populaire d’Ile-de-France : Plan d’action visant à réduire la précarité numérique dans un contexte de dématérialisation des démarches en santé

Pour agir favorablement sur les inégalités d’accès aux soins, le Secours Populaire Français décline un programme de lutte contre la fracture numérique sur 5 départements (77, 91, 92, 93, 95). Celui-ci vise à dédier des permanences de santé aux publics éloignés des usages du numérique afin de les accompagner dans la prise en main des outils informatiques nécessaires pour effectuer les démarches en matière de droits sociaux et de santé.

  • Banlieues Santé : L’action vise à soutenir la formation des femmes dans les quartiers populaires, dites « Femmes-ressources » du café des femmes de Banlieues Santé, en intégrant les déterminants de santé afin de réduire les inégalités sociales de santé. Il s’agit d’associer ces femmes au portage du message de santé publique et de promotion de la santé afin de réduire le risque face à la maladie dans une démarche de santé communautaire et participative, avec des partenariats pertinents (le CODES93, l’UFOLEP, la FNMF). Par ailleurs, ce projet entend accroître l’employabilité via un module de formation en e-learning destiné à ces femmes cibles.

 

Par ailleurs, certains projets de recherche ou de recherche action portant sur les inégalités de santé sont ou seront financés dans le cadre de la mesure 27.

Luc Ginot : « L’intérêt, mais aussi la difficulté de cet appel à projets, est d’aborder les inégalités de santé non pas dans le seul champ des soins, mais bien à la racine, autour de ce qui crée ces écarts, de ce que nous appelons les déterminants sociaux de santé. On sait bien que la crise COVID a démontré, de façon violente, le rôle joué par ces déterminants sociaux, de façon très concrète, dans la santé des personnes modestes. Et la diversité des acteurs qui se sont engagés dans ce processus montre que notre logique de coalition, d’approche transversale de la santé, répond vraiment aux besoins des franciliens, à leurs attentes. Nous avons beaucoup échangé, beaucoup co-construit avec ces équipes de terrain : c’est cela, faire de la santé publique. Et en 2022, nous comptons bien élargir encore cette démarche. »